Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 14:55

Intus et in cute

Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement: voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été: j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son coeur aux pieds de ton trône avec la même sincérité; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose: Je fus meilleur que cet homme-là.

Commentaire composé:

Introduction
1. Une entreprise audacieuse et unique
2. Identité individuelle
3. Stratégie, rhétorique et théâtralité
Conclusion
Débat, question-réponse et ouvertures éventuelles sur d'autres textes

Introduction: Les confessions, ouvrage autobiographique de Rousseau couvre la vie de son auteur jusqu'à ses 53 ans (1767). Les 12 livres constitutifs de ce roman majeur sont subdivisés en deux sous parties par son auteur lui-même : du Livre 1 au livre 4, nous découvrons sa vie de 1712 à 1740 (formation suisse, son installation à Paris à 28 ans), et du livre 5 au livre 12, nous vivons les années 1741-1765 (vie mondaine dans les milieux de la musique et de la philosophie). Cet extrait étant l'incipit, c'est évidemment la première partie sur laquelle nous allons concentrer notre effort. Ne perdons pas de vue que cet ouvrage a été publié à titre posthume (1782, la première partie et 1789, la seconde)

1. Une entreprise audacieuse et unique
Par le terme entreprise, on entend plus qu'une simple décision ou projet, c’est une notion de production qui est sous entendue. Si l'on s'attache scrupuleusement au texte, on note que les verbes de volonté sont mis au subjonctif ou à l'impératif, que le texte alterne généralement futur et présent ce qui n'est pas sans donner une sensation omniprésente de certitude. Beaucoup de concepts sont mentionnés sans être réellement développés, le plus intéressant - en tant que livre autobiographique- étant le concept de vérité. Le texte, dont la typographie est ordonnée de manière architecturale (2 petits paragraphes et 1 grand) utilise de nombreuses formules autoritaires à l'instar de "moi seul", "ce sera moi". Le tout étant régi par une structure en abîme: son propre discours et celui des autres.

2. L'identité individuelle
On repère maintenant la profusion des verbes d'analyse psychologique tels que "dévoiler", "sentir" etc. Le procédé rhétorique dont Rousseau use et abuse est la construction soit binaire ("rient tu de mauvais, rien ajouté de bon") et ternaire («ce que j'ai fais, j'ai pensé, je fus"). Il s'agit là d'une analyse plus philosophique, Rousseau semble nous dire que chaque individu se perçoit de façon intuitive, qu'il faut d'abord faire la démarche de la sensibilité pour ensuite passer à la connaissance de soi. Les procédés stylistiques abondent dans ce sens à l'exemple de l'utilisation du pronom indéfini "chacun" qui met l'accent sur l'individualité ou encore le terme "semblable" (par deux fois) qui met en valeur la fraternité complétant l'individualité. Cet extrait à quelque chose de solennel également, Rousseau va même jusqu'à dire (bien que j'encours le risque de le paraphraser) qu'il ne refuse pas d'être jugé mais qu'il exige un jugement étayé sur son oeuvre. Néanmoins l'expression de son individualité semble s'estomper avec le texte puisque seules les premières phrases sont introduites par "je"

3. Stratégie, rhétorique, théâtralité
Nous sommes dans un incipit et Rousseau se doit de capter l'attention du lecteur. Son ouvrage débute d'ailleurs sur une épigraphe latine signifiant « intérieurement et sous la peau ». Cet extrait a également une dimension religieuse qu'il faut traiter: on retrouve ici des allusions plus ou moins vagues à ce que l'on pourrait appeler de l'eschatologie (ce qui se produira à la fin des temps) à la parousie (moment où tout le monde sera devant Dieu) et au fait exceptionnel que Rousseau tutoie Dieu sans, pour autant, le nommer directement. La théâtralité est peu présente bien que des adverbes comme "hautement" donne un aspect solennel et presque théâtral.

Conclusion : On imagine que si Rousseau opte pour un tel titre, cela n'est pas sans vouloir faire allusion d'une part à l'ouvrage de Saint Augustin et d'autre part à la religion. Bien que cette autobiographie n'est aucune valeur en terme de théologie, il s'agit d'un acte symbolique : celui d'avouer ses péchés et de s'en repentir. Il cherche donc à établir un portrait plutôt élogieux de lui-même. Néanmoins on peut y voir comme un certain paradoxe puisque Rousseau est protestant et que les confessions sont abolies au sein du protestantisme.

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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 14:30

Matins d'hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d'avant le lever du jour, jardin deviné dans l'aube obscure, rapetissé, étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d'heure en heure, glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs, -coups d'éventail des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d'un jet d'eau...Õ tous les hivers de mon enfance, une journée d'hiver vient de vous rendre à moi ! C'est mon visage d'autrefois que je cherche dans ce miroir ovale saisi d'une main distraite, et non mon visage de femme, de femme jeune que sa jeunesse va bientôt quitter...

D'un pinceau ému, je pourrais, sur ce visage-ci, repeindre celui d'une fraîche enfant roussie de soleil, rosie de froid, des joues élastiques achevées en un menton mince, des sourcils mobiles prompts à se plisser, une bouche dont les coins rusés démentent la courte lèvre ingénue...Hélas, ce n'est qu'un instant. L'eau sombre du petit miroir retient seulement mon image marquée de légers coups d'ongle, finement gravée aux paupières, aux coins des lèvres, entre les sourcils têtus. Une image qui ne sourit ni ne s'attriste, et qui murmure, pour moi seule : « Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas des doigts suppliants, ne te révolte pas : il faut vieillir. Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme le rappel d'un départ nécessaire. Regarde-toi, regarde tes paupières, tes lèvres, soulève sur tes tempes les boucles de tes cheveux : déjà tu commences à t'éloigner de ta vie, ne l'oublie pas, il faut vieillir !

Eloigne-toi lentement, lentement, sans larmes ; n'oublie rien ! Emporte ta santé, ta gaieté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice qui t'a rendu la vie moins amère ; n'oublie pas ! Va-t'en parée, va-t'en douce, et ne t'arrête pas le long de la route irrésistible, tu l'essaierais en vain, - puisqu'il faut vieillir ! Suis le chemin, et ne t'y couche que pour mourir. Et quand tu t'étendras en travers du vertigineux ruban ondulé, si tu n'as pas laissé derrière toi un à un tes cheveux en boucles, ni tes dents une à une, ni tes membres un à un usés, si la poudre éternelle n'a pas, avant ta dernière heure, sevré tes yeux de la lumière merveilleuse – si tu as, jusqu'au bout gardé dans ta main la main amie qui te guide, couche-toi en souriant, dors heureuse, dors privilégiée ... »

Commentaire composé

Introduction
1. Typographie et écriture poétique
2. Le temps
3. Un véritable autoportrait
4. Colette, "écrivain naturel" (cf. Montherlant)
Conclusion

Introduction : Le concept de cette autobiographie, publiée en 1908, semble bien simplet. Les vrilles de la vigne est un recueil rassemblant de courtes nouvelles où Colette exprime sa nostalgie et son adoration de la nature propre au village de son enfance.

1. Typographie et écriture poétique
Le registre lyrique est très fort : exclamations nombreuses, répétition du « je », les allusions à l'enfance, les sentiments qui s'enchevêtrent et qui causent des mystères, la sensation du temps, douceur et cruauté dues à l'âge. Dans sa substance, ce texte pourrait presque être résumé comme une invocation car nombreux sont les vocatifs desquels découlent une personnification des éléments invoqués (matin, jardin, sapin), les phrases nominales et les énumérations. L'écriture poétique est renforcée par l'image du miroir qui atteste d'un dédoublement, d'une profondeur. Une typographie divisée en strophes qui pourrait rappeler celles d'un poème, le rythme concorde justement avec ce constat puisqu'on remarque des effets d'alexandrins, d'octosyllabes, de décasyllabes accompagnés de rimes intérieures "pailletée, irisée" etc. On voit également des figures de styles, notamment des anaphores et des insistances sur les mots cardinaux du texte à l'exemple de "femme".

2. Le temps
Il est omniprésent sous des formes variées dans le lexique aussi bien en ce qui concerne le moment (journée ), l'époque ( jeunesse) et la saison avec le changement qu'elle implique. Le temps est évoqué avec ses rôles divers comme la notion de transformation imprimée par le temps, l'usure (y compris la mort), la notion de récupération (ce qui n'est pas sans nous rappeler le concept de temps retrouvé typiquement proustien) et de souvenir. Le temps marquent également l'organisation structurelle du récit qui comporte trois "visages": celui de l'enfant (passé), celui de la femme qui parle et tient le miroir (présent) et celui de la femme vieille qui va irrémédiablement vers la mort (futur). A partir de "il faut vieillir", le temps est traité à travers la métaphore du chemin et la mort comparé au sommeil. L'ensemble de l'évocation est au présent puisque seul le moment de la rêverie compte, Colette fait une sorte de suspension durant un soir de nouvel an.

3. Un autoportrait
Le temps semble délétère principalement pour l’aspect physique. La notion de regard est accentuée tout le long du texte (le fameux "regarde toi"). Ce même regard est d'ailleurs relayé par la métaphore de la peinture dont le champ lexical semble riche "pinceau", "repeindre", "gravure"... La découverte de cette vieillesse commence par la vision de sa main distraite et de ses doigts suppliants. Les cheveux, par la suite, sont présentés comme laissés derrière elle, ce qui intervient comme la généralisation du corps dans sa déchéance. Les yeux sont montrés comme morts. Il n'y a que peu de caractéristiques morales, un soupçon de naïveté semble néanmoins transparaître («lèvre ingénue") et on discerne une faculté d'étonnement ("sourcils prompts à se plisser") mais là encore on ne découvre cela que par le biais physique.

4. Colette, "écrivain naturel"
C'est ainsi que Montherlant qualifiait cet auteur. On peut légitimement se demander s'il veut dire par là qu'elle s'intéresse à la nature ou qu’elle écrit de manière naturelle ? Aussi étonnante que peut paraître notre réponse, il semblerait tout de même plus logique d'opter pour la première proposition car son écriture est éminemment savante. Outre cela, l'inspiration essentielle de Colette est la nature comme en témoigne la métaphore du chemin. On pourra néanmoins souscrire que l'écriture de Colette est très intellectualisée ce qui rend son écriture moins naturelle. On suppose donc que Montherlant voyait en Colette une auteur décrivant la nature avec verve.

Conclusion : Colette est une femme savante et charismatique qui bénéficia d'une réputation de femme sulfureuse. Si elle a catégoriquement refusé toute sa vie d'éventuelles obsèques religieuses, elle est la première femme à avoir droit à des obsèques nationales. Ce texte, très représentatif de son œuvre, mêle des réflexions sur la mort, la vieillesse, la beauté que le temps nous enlève, une véritable et amère réflexion sur le caractère périssable de tout ce qui est humain.

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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 13:44

Dans l'Apologie, Platon élève au rang de mythe fondateur de la philosophie un fait contingent et de peu d'importance au regard de l'histoire, la condamnation à mort en -399 à Athènes d'un individu qui disait s'appeler Socrate au terme d'un procès public. Et cette transmutation de la contingence en exigence absolue conserve aujourd'hui encore tout son pouvoir de fascination. Alors que, dans les autres dialogues socratiques, il décrit un Socrate en pleine action, dans l'Apologie Platon fait, en définitive, apparaître un Socrate qui, par sa mort, témoigne de cette conviction: seule la pratique qui inspire son action, à savoir la philosophie, fait que, pour un être humain, la vie vaut la peine d'être vécue.

Plan du discours:

Premier discours: Sur la culpabilité de Socrate

1. Exorde
2. Développement
3. Réfutation
3.A: partie négative, ce que Socrate n'est pas. Il n'est ni un penseur de la nature ni un sophiste
3.B: Ce que Socrate est vraiment, l'origine des calomnies portées contre lui
- La réponse de l'oracle et l'enquête du sens de cette réponse
- Analyse du comportement des hommes politiques, poètes et des "gens de métier"
- Socrate comprend qu'Apollon lui a donné une tâche
- Les imitateurs sont le cause de l'accusation de Mélétos

Des nouveaux accusateurs: Interrogatoire de Mélétos
1. Introduction
2. Sur l'éducation
2.A: Première erreur, concernant la question de savoir qui rend quelqu'un meilleur
2.B: Seconde erreur, concernant la question de savoir s'il est possible de corrompre intentionnellement
3. Sur l'athéisme
3.A: Interprétation de la plainte: Socrate corrompt les jeunes sur la question des Dieux
3.B: Ce qui amène Mélétos à se contredire

Digression
1. Première objection: Le mode de vie choisi par Socrate est dangereux. Ce mode de vie prouve la piété de Socrate qui s'est mis au service de Dieu
2. Considération tirée de l'attitude face à la mort
2.A: Principe général: la tâche compte plus que la vie
2.B: Application à son cas particulier: La menace de la mort ne l'empêchera pas d'accomplir sa tâche
3. Considération tirée des avantages qu'il peut apporter
3.A: Les accusateurs ne peuvent causer aucun tort à Socrate
3.B: La tâche dévolue à Socrate apporte des avantages à Athènes
4. Seconde objection: Socrate aurait dû prendre une part active à la vie politique. Sa réponse montre que son influence sur les jeunes fut salutaire
4.1: Socrate en a été dissuadé par son signe divin
4.2: Il est impossible de rester honnête si on se mêle de politique à Athènes
4.3: Socrate s'en tient donc aux discussions privées, dont il n'exclut personne
4.4: Son influences sur les jeunes fut salutaire

Péroraison
1. Socrate ne va pas supplier les juges
1.1: Ce ne serait convenable ni pour lui ni pour Athènes
1.2: Ce ne serait pas conforme à la justice
1.3: Ce ne serait pas conforme à la piété

Second discours: Sur l'établissement d'une peine

1. Introduction: Socrate a été reconnu coupable par une courte majorité
2. Propositions de peines
2.A: En fonction de ce qu'il mérite
- C'est un bienfaiteur de la cité, et il est pauvre
- Par suite, il mérite d'être nourri aux frais de la cité
2.B: En fonction des règles judiciaires
- Dans son cas, l'exil ne servirait à rien
- Si les juges insistent pour que Socrate propose une peine, Socrate propose une amende d'une mine, proposition qui est protée à 30 mines

Conversation informelle

Aux juges qui ont voté pour une condamnation à mort
1.A: Leur responsabilité
1.B: Comparaison entre Socrate et ses accusateurs
1.C: Socrate aura une relève
Aux juges qui ont voté pour son acquittement
2.A: Le signe divin ne l'a averti d'aucun danger
2.B: Deux représentations populaires de la mort
2.C: Il prie les juges de s'occuper de ses fils

Analyse:

La piété suivant Socrate

Les penseurs de la nature avaient rationalisé les dieux en les rendant naturels, Socrate en fait de même en les rendant moraux. Or, il semble qu'entre ces deux engagements, raison et religion, Socrate essayait d'établir des rapports hiérarchiques, la raison prenant toujours le premier rang. Socrate se coupait donc radicalement des croyances de ses ancêtres en attribuant l'autorité suprême à la raison, y compris en matière religieuse. Et c'est probablement ce que lui reprochaient ses contemporains. Pour la majorité des athéniens, en effet, une telle transformation de l'image des dieux équivalait à leur destruction pure et simple et, donc, à leur remplacement par de nouveaux dieux. : procès d'intention qui correspond exactement aux deux premiers chefs d'accusation portés contre Socrate. En défendant cette idée d'une divinité bonne et inflexible, Socrate se considère comme celui qui défend le mieux l'existence des dieux et leur image.

L'éducation suivant Socrate

Le fait qu'il adhère à ces conceptions peu orthodoxes de la divinité n'aurait pu à lui seul faire condamner Socrate à mort. C'est aussi et surtout le fait qu'il entende modifier le comportement de ses concitoyens; voilà, d'ailleurs, ce que vise l'accusation de corruption de la jeunesse. Socrate explique en effet à Euthryphon que s'il est avare de conseil, Socrate est appelé à comparaître pour en avoir trop prodigué. En d'autres termes, Socrate ne devient dangereux, aux yeux des athéniens, que lorsqu'il veut étendre son influence à l'ensemble de la cité. Et comme il fait spontanément des émules chez des jeunes gens qui, par les interrogatoires auxquels ils soumettent leurs aînés, agressent ceux qui prétendent à une certaine réputation, il aggrave son cas.
Quand Socrate prétend qu'il ne transmet aucun savoir positif, il déplace un problème réel dont devraient être plus ou moins conscients, dans leur majorité, les athéniens. L'éducation traditionnelle en Grèce transmettait un système de valeur et de savoir-faire qui s'appliquait à des domaines déterminés: guerre, équitation, artisanat etc. Or, les nouveaux intellectuels prétendaient enseigner des techniques qui pouvaient s'appliquer à tous les domaines où la parole jouait un rôle; ils encourageaient donc la curiosité intellectuelle et l'indépendance de la pensée. Socrate pousse ce mouvement à ses ultimes conséquences, en pratiquant une méthode ne présentant qu'une face critique. Comme il engageait vivement à la critique généralisée des valeurs héritées, Socrate apparaissait comme un démolisseur, tout le problème étant de savoir s'il avait des solutions positives à proposer. Platon enseigne que oui, Xénophon reste beaucoup plus réservé en la matière. On comprend que des juges auraient été déconcertés à moins.

La mort de Socrate comme témoignage

Platon ne représentera jamais la philosophie comme une vérité révélée, ce que fera Jamblique sept siècles plus tard. Seul le dieu est savant et tout ce que l'homme peut faire c'est d'aspirer à ce savoir en tant que philosophe. Mais cette tâche doit être mise au-dessus de tout autre, car elle intéresse ce qui en l'homme à le plus de valeur, à savoir son âme. Dans la mesure où il était censé admettre ce principe, Socrate ne pouvait ni accepter de proposer une peine qui sanctionne sa conduite ni partir en exil avant ou après son procès. Proposer une peine eut été reconnaître que son action était injuste; or, comment peut-on agir injustement quand on obéit à la divinité ? De plus, partir en exil eût été reconnaître que tout ce qu'il avait dit sur le soin qu'il faut apporter à l'âme de préférence au corps n'était que de vaines paroles en lesquelles il ne croyait pas.
En mourant, Socrate, tel que le comprenait Platon, témoignait de ces convictions : l'âme, quel que soit le sens alors donné à ce terme, présente plus de valeur que le corps et, par suite, cette vie ne vaut plus la peine d'être vécue si la pratique de la philosophie comprise comme réfutation révélant la valeur d'un être humain devient impossible. Si l'on en croit Platon, il fallait que Socrate meure pour que vive la philosophie.

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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 14:57

Cette phrase est la conclusion marquante d'un essai philosophique intitulé Le mythe de Sisyphe.  Au premier abord, elle apparaît comme contradictoire: Sisyphe, pour avoir osé défier les dieux, fut condamné à pousser une pierre dans le tartare qui retombait éternellement. Ainsi, il ne peut jamais parvenir à son sommet et le châtiment divin est pérenne. Il est donc assez difficile de l'imaginer heureux.

Toutefois, loin de cette interprétation très littérale, Sisyphe est pour Camus l'incarnation même de l'absurdité de la vie humaine. L'homme est un être épris de sens, mais il ne parvient jamais à l'essence des choses. Ainsi, si la mort lui fait peur, il ne réussit jamais à la saisir entièrement, quand bien même il aspirerait à une telle chose. La situation est insurmontable car l'homme cherche une raison dans le monde qu'il ne trouvera nulle part ailleurs si ce n'est en lui. En outre, l'homme doit, selon Camus, prendre exemple sur Sisyphe en refusant de se créer un au-delà religieux qui n'est rien d'autre qu'un avenir illusoire. Le suicide n'est pas pour autant souhaitable, l'homme doit se confronter à son existence et pour cela, il faut adopter un esprit de révolte qui reste conscient de l'absurdité insoluble de la vie. C'est seulement dans cet état d'esprit que l'homme peut atteindre une joie lucide, peut-être terne, mais véritable. C'est au coeur de ce destin accablant mais assumé que nous pouvons nous enivrer de la vie.

Que l'on soit un ouvrier affecté à des travaux répétés ou une femme au foyer soumise à des travaux ménagers insignifiants, l'espoir d'une vie heureuse ne dépend que de nous, quand bien même ce bonheur serait paradoxal et s'inscrirait dans un monde où la condition humaine se réduit à la répétition du même geste. On trouvera cette conception de la vie chez Malraux notamment qui disais que la vie ne valait rien mais que rien ne valait la vie.

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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 14:52

Introduction

Généralement, on utilise les quantifieurs pour isoler ou désigner une quantité dont la grandeur est variable. Dans une phrase aussi simple que: "I need some money", le quantifieur est some car il désigne une certaine quantité d'argent. Sa nature est soit d'être un déterminant, c'est le cas s'il est suivi d'un nom, soit d'être un pronom, c'est le cas quand il renvoit à ce qui précède ou plus rarement à ce qui suit dans la phrase. Malgré cela, les quantifieurs expriment la plupart du temps un nombre indéfini, peu précis.

Ensemble de deux éléments

En anglais, il existe trois manières d'isoler deux éléments d'un ensemble: utilisation de both, the two ou either.

  • Both (tous les deux) désigne l'un et l'autre élément de l'ensemble. il est directement suivi du nom auquel il s'applique: Both men were found guilty. On peut utiliser both accompagné de of: both of my parents (mon père et ma mère). Quand il est seul, il reprend les élément qui le précèdent: They both went to Yale. Both n'est jamais précédé du déterminant the. On peut également l'employer pour traduire "à la fois": It's both silly and dangerous.
  • The two (les deux), il n'y a certes pas une différence colossale entre the two et both. Toutefois, both est plus insistant, on le comprend comme "pas seulement un, mais deux"; ils ne sont donc pas tout à fait équivalents. On peut dire The two books are different alors que both books are different car on ne peut pas concevoir que seul un livre serait différent. The two a aussi une notion de réciprocité -The two of them got maried (ils se sont mariés l'un à l'autre)- que both n'a pas.
  • Either (l'un ou l'autre) peut être suivi d'un dénombrable singulier, c'est-à-dire Either day suits me (l'un ou l'autre jour me convient). Dans une phrase négative, il est compris comme notre formule ni...ni: I don't believe either of these liars. Comme nous venons de le voir, il peut aussi être suivi de of auquel cas il est suivi du déterminant puis du nom: you can aim at either of these targets. Enfin il peut jouer le rôle d'un adverbe après un énoncé négatif -I didn't go either- ou bien comme conjonction où il équivaut à notre "soit...soit" -either you stay or you go. Dans ce deuxième cas de figure, il est forcément suivi de "or".

Ensemble de plus de deux éléments

Ils peuvent être soit dénombrables soit indénombrables: All, whole, each et every, Everyone-thing-where

  • All (tout) véhicule l'idée d'une totalité. All my life, all the children, all this mess... Néanmoins, quand il s'agit d'une période temporelle, on préfère ne pas employer the: all afternoon, all week, all month, all year, all century. Rn outer, all night et all day n'emploient jamais de d'article. Quand il est suivi d'un adjectif, all a un sens proche de notre "complètement": she is all right now. Quand il est suivi d'une proposition relative, all désigne "tout ce qui": all I want is to sleep, all that glitters is not gold. 
  • Whole ( en entier) exprime une idée d'intégralité. Comme whole est un adjectif on le place entre the et le nom: the whole school. Mais il peut aussi être un nom, on aura alors: the whole of Europe... L'expression idiomatique "on the whole" signifie  "somme toute".
  • Each et every (chaque) désignent un élément après l'autre. Each attribue de l'importance à chaque élément de l'ensemble, il est donc toujours au singulier alors que Every parcourt un ensemble d'éléments, il est tooujours suivi d'un nom au singulier: every pupil is here today, each student has a key. Each peut prendre la place d'un adverbe, ce qui fait une différence assez nette avec le français: they each gave their opinion (ils ont chacun donné leur avis). Each suppose un arrêt à chaque élément plus accentué que lorsqu'on utilise every. Every est le seul des deux à pouvoir être précédé d'un déterminant possessif: they watched his every move. Toutefois, every est nécessairement un déterminant et est donc complété par un nom: every child had brought something. 
  • Every-one, thing, where (tout le monde, tout, partout). Everyone ou everybody désigne un groupe de personnes: everyone noticed it (Tout le monde l'a remarqué). Il ne faut pas le confondre avec son homonyme Every one qui se rapproche plutôt de "chacun". Everything désigne un ensemble de choses: everything was beautiful. Enfin, everywhere sert à désigner la totalité d'un ensemble de lieux, à la manière de notre "partout": everywhere I go...

Cette première partie est donc entièrement consacrée aux quantifieurs qui désignent deux ou plusieurs objets. nous verrons ensuite ceux qui désignent une grande quantité, une quantité suffisante et ceux qui désignent une certaine quantité.

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